Tu es là . Je suis là aussi . Nous sommes si poches l'un de l'autre que je peux entendre tes profondes inspirations de fumée . Nous regardons la ville, en silence sur le toit . Silence lourd et pesant .
Cela fait plus d'une heure que j'attends ta réponse . Je ne craquerai pas . J'attendrai jusqu'à ce que tu me le dises, jusqu'à ce que tu me dises que c'est fini, que notre histoire n'était qu'une aventure, que la passion que j'éprouvai pour toi n'était pas réciproque . J'attends...
Tu ne me regardes pas, moi non plus . Je fixe tes longs doigts qui ont si souvent parcouru mon corps, creusé mes reins, balayé mes cheveux, caressé mes hanches, effleuré mes jambes...Tes longs doigts qui désormais tiennent cette cigarette, que j'envie tellement . Je ne craquerai pas...Je voudrais voir ton visage, voir l'expression que tu as si souvent quand ça ne va pas car ça ne va pas, oui . Mais si je te regarde, je perdrai à ce jeu stupide, et pour une fois je veux gagner...
Ton pied se balance de gauche à droite : tu t'impatientes . Tu sors ton portable, écris un texto à ton père disant que tu n'en as pas pour longtemps, que tu as d'abord "quelques trucs à régler"...Je me détends, je sais maintenant qu'il n'y en a plus pour longtemps et que cette torture prendra bientôt fin, que mon coeur malade pourra bientôt guérir.
Tu regardes les immeubles en face . Tu es nerveux . Tu ouvres la bouche, puis la refermes . Tu hésites, tousses, prends une autre bouffée de ce prétexte pour te faire gagner encore quelques secondes de silence, rejettes la fumée, puis dit enfin :
...C'est fait . Je m'y attendais, je me suis répété cette scène tant de fois dans ma tête auparavant . Pourtant ma réaction est immédiate : mes pupilles se dilatent subitement, un flot de larmes obstrue ma rétine et mes paupières, lentement, se referment sur la vérité, faisant rouler mes pleurs sur mes joues incandescentes . Je rouvre les yeux après quelques secondes, tu es debout devant l'escalier et m'invites à partir . Je me lève, ramasse mon sac et m'en vais . Ton père t'attend et, effectivement, tu n'en as pas eu pour longtemps .



